Article 15 : Le Kazakhstan, une diagonale du vide de la taille de la France.

Du 29 aout au 4 septembre.

Le Kazakhstan est le seul pays pour lequel nous prenons la décision de passer la frontière de nuit. Sur les coups de 22h, nous arrivons au poste frontière, et sommes accueillis par une file d’une demi-douzaine de voitures. Rapidement nous sommes séparés. Alors que Ben s’en va passer les contrôles habituels de la voiture, Augustin file faire tamponner son passeport avec les autres passagers. Tout se passe comme prévu, et plus vite que nous l’avions anticipé jusqu’au moment où la voiture doit passer par le scanner. C’est la première frontière que nous traversons qui est équipée d’une telle technologie. Les Kazakhs sont exemptés d’une telle vérification, alors qu’une grosse dizaine de voitures devancent Josy. Discutant avec les autres, nous apprenons que certain patientent depuis près de quatre heures… Il doit être 23h, et nous commençons à comprendre que nous passerons probablement la nuit à la frontière… Jusqu’au moment où un douanier s’approche de Ben pour lui demander d’où il vient, et s’il participe au Mongol rallye. A notre grande surprise, la réponse affirmative à cette question est soldée par un signe de la main nous permettant d’avancer, sans passer par la case du scanner ! Rapidement, nous sortons de la zone de non droit et rentrons au Kazakhstan, avec le bon vieux sentiment de petite victoire qui nous fait avancer depuis le début du voyage. Cependant nous faisons l’erreur fatidique de nous arrêter juste après la frontière, pour changer un peu d’argent et manger un petit bout avant de nous lancer dans la recherche d’un petit chemin pour passer la nuit. Alors que nous nous apprêtons à repartir, une voiture de police nous bloque le passage, nous accusant d’avoir jeté un mégot par terre devant le commissariat à côté duquel nous nous sommes posés pour « diner », ce qui était bien évidemment faux… Ils veulent nous embarquer pour si peu, mais nous refusons catégoriquement de monter dans la voiture pour ne pas laisser Josy seule au bord de la route. Après une quinzaine de minutes de négociation ils repartent en se foutant de nous… Plus de peur que de mal, mais nous sommes prévenus rapidement que les policiers Kazakh tiennent bien leur réputation de force de l’ordre la plus pénible d’Asie Centrale… Quelques kilomètres plus loin, nous nous posons dans un champ pour y passer la nuit, avant d’attaquer le lendemain la route pour Almaty.

Nous arriverons le lendemain à Almaty sur les coups de 14h, et nous lançons dans la recherche d’un hôtel. Nous sommes épuisés, mais avons la chance de trouver quelque chose pas cher et avec une machine à laver du premier coup. Nous posons donc la voiture, et allons changer de l’argent, avant de renter nous reposer et lancer nos machines. En fin d’après-midi, nous nous accordons une petite balade dans Almaty, et quelques bières, avant de rentrer nous reposer. Le lendemain, nous allons chercher une carte SIM avant de reprendre la route en direction du lac Balkhash. Nous optons pour la route de l’ouest du Kazakhstan qui passe par Nur-Sultan. Nous ferons donc plus de kilomètres, mais sur une route de meilleure qualité pour rejoindre la Russie et la dernière étape de notre voyage. Notre visa Russe ne commence que le 5 septembre, et nous pouvons nous permettre de prendre le temps de profiter du Kazakhstan ! Les 200 premiers kilomètres sont terribles… La route est parsemée de taule ondulée, et de trous. Nous mettons quelques heures pour rejoindre une route plus ou moins normale, et le grand vide qu’est le centre du Kazakhstan. Le soir, nous nous arrêtons à la tombée de la nuit au bord du lac Balkhash pour reprendre des forces avant d’attaquer la nouvelle dure journée qui nous attend. Les 48h de traversée nous semblent durer une éternité. La monotonie du paysage pousse Le Grand Jaques dans ses retranchements, et des moments de silence record. Pas un arbre, pas une montagne, pas une habitation sur les quelques 1000 kilomètres qui nous séparent de la capitale Nur-Sultan… Alors que nous approchons de la fin de la deuxième journée de désert, la roue avant droite commence à siffler, et les boulons qui la tiennent en place sont brulants. Nous pouvons rouler, mais devrons passer dans un garage à notre arrivée dans la capitale. Il s’agit probablement d’un frottement au niveau des freins, ou de la poussière qui s’est glissé dans le roulement de la roue… Nous finissons donc la traversée de cette massive diagonale du vide avec nos oreilles tournées vers la roue avant droite, et faisant des pauses fréquentes pour arroser la roue afin de la refroidir.

Après 24 heures de conduite dans le désert Kazakh, nous atteignons enfin Nur-Sultan ! C’est une ville marquée par l’héritage soviétique qui s’ouvre à nous. Le ciel grisonnant et la perte nette de température par rapport au désert nous font passer dans une autre dimension brutalement. Plus que 500km nous séparent de la Russie, et nous nous y sentons déjà. En rentrant dans la ville, nous faisons donc un court passage dans un garage pour qu’il sorte les roues et nettoie nos patins de frein. Nous en profitons pour refaire souder le crochet de notre portière arrière qui, à l’usure, était en train de s’arracher. Dans la soirée, une grande discussion commence, pour décider si nous passerons par la Mongolie… Suivant avec attention l’avancée des voitures du rallye qui y sont déjà passés, nous recensons une dizaine d’équipes qui y ont détruits leur voiture… C’est une décision extrêmement difficile à prendre, mais nous optons pour la sagesse, et décidons d’éviter la Mongolie…

Le lendemain matin, nous reprenons la route pour Pavlodar, la ville frontalière avec la Russie. La route est exquise, et nous rejoignons rapidement cette ville, où sont bloqués depuis une semaine Bristangolia, une autre équipe du Mongol rallye. Leur moteur a malheureusement lâché, et ils sont dans le doute le plus complet concernant leur capacité à repartir… Ayant déjà vécu cela à Douchanbe, nous compatissons grandement avec eux et décidons de les rejoindre pour leur tenir compagnie le temps d’une soirée. Cette équipe composée d’un Luxembourgeois et de deux Anglais nous invite très gentiment à passer la nuit dans leur appartement, ce qui nous évite une fastidieuse recherche de logement dans cette petite ville. Nous passons donc la soirée avec eux à déambuler dans la ville, à la recherche d’un bar. C’est un échec plus que frustrant… Nous rentrons donc bredouille après deux heures de marche dans les rues rectilignes de Pavlodar. N’ayant pas pu offrir la tournée promise à Bristangolia, nous leur cuisinons un « English breakfast » le lendemain, de quoi leur redonner des forces dans leur recherche d’un nouveau moteur !

Plus qu’une journée à tuer avant le début de notre visa Russe. Nous prenons donc le temps d’acheter des couettes, les nuits se faisant de plus en plus froides, et de la nourriture avant de nous diriger en fin de journée vers la frontière. Cent kilomètres plus loin, nous campons juste avant la frontière, dans l’optique d’y arriver à l’ouverture le lendemain.

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