Article 12 : 18 août 2019, le jour le plus long.

18 août 2019.

Tout avait si bien commencé. Au réveil, deux nouveaux amis. Enfin une centaine de nouveaux amis… Sur les coups de 6h30, deux bergers et leurs chèvres viennent nous rendre visite pour aller s’abreuver dans la rivière. Nous sommes rapidement submergés par le troupeau, et par les deux bergers qui viennent nous voir. Encore une fois, leur spontanéité brise la glace rapidement, nous évitant les moments gênants des nouvelles rencontres. Nous partageons le café avec eux, avant qu’ils ne tombent sur nos gants de boxe. Nous les invitons à se servir et ils sautent sur l’occasion pour s’offrir un combat d’anthologie. Ce n’est pas tous les jours que nous assistons à une session de box entre deux Tajiks. Il n’est même pas 7h30 du matin, et déjà ce 18 août 2019 nous met une claque. Nous saluons nos nouveaux amis, rangeons le camp et reprenons la route en douceur. Une dizaine de km plus loin nous trouvons un magasin, où nous achetons de l’eau, ayant finis les stocks pour le café du matin. La route est relativement bonne, nous roulons bien. C’est après deux bonnes heures de conduite, et une quarantaine de km que Josy s’arrête nette. Les voyants s’allument, et on s’arrête brusquement. Petit caprice ou crise majeure pour notre tendre Josy ? Dans tous les cas, ça ne sent pas bon… Il est 10h du matin, nous sommes au milieu de nul part, sans un village à 20km à la ronde. Nous sautons du cockpit pour effectuer les vérifications classiques. Un Tajik s’arrête pour nous aider à relancer la batterie. La voiture redémarre, l’essence arrive bien au carburateur, et les culbuteurs sont fonctionnels. A priori, tout roule. On tente de repartir, mais 200m plus loin le même problème surgit. Josy s’arrête encore. Ça ne sent vraiment pas bon. On essaye de rallumer le moteur, mais un sifflement assourdissant sort du moteur… Impossible d’avancer comme ca…Notre merci viendra d’un garage et d’une voiture qui acceptera de nous y remorquer. Un camion s’arrête gentiment, la question est de savoir dans quelle direction il faudra aller. Dans les deux cas, 70km nous séparent de la prochaine ville. Nous optons pour continuer dans la même direction. On s’attache au camion, mais nous perdons le contrôle de Josy 300m plus loin, qui finit dans un fossé après avoir déboulé sur de la caillasse. Une roue est totalement détruite, et seul un rocher permet à Josy de ne pas se retrouver sur le flanc…  Les nerfs lâchent. A ce moment on est au plus bas, convaincus que l’aventure est finie. Josy est dans un piteux état, et nous aussi. Toutes les voitures s’arrêtent pour nous aider à sortir de ce merdier. On se rattache au camion pour remettre Josy sur du plat. Il n’y a rien à faire pour le moment, nous changeons la roue morte, tentant de garder la tête froide… Les Irréductibles se concertent, et nous discutons avec eux. La décision est unanime, ils doivent continuer leur route sans nous. Nous ne voulons pas les empêcher de continuer, surtout si c’est fini pour nous… Ils patientent avec nous le temps de trouver une voiture qui peut nous tracter au village qui est 20km en arrière pour trouver une solution. La première lumière de ce 18 aout 2019, ce sont les quatre Tajiks qui s’arrêtent pour nous tracter au village. Ils sont déterminés à nous aider. Ils nous attendent une demi-heure le temps que remettions nos caisses dans la voiture, et notre protection de carter qui avait sauté lorsque nous avions fini dans le fossé… Nous repartons, mais c’est impossible de garder la corde de remorquage tendue sur ces routes. La stratégie prise est de laisser la voiture rouler au point mort dans les descentes, et de se faire tirer dans les montées. Une heure plus tard nous arrivons dans le village, partant à la rencontre du garagiste du coin. Il souffle. On désespère. Notre sauveur n’est définitivement pas dans le coin. A ce point les seuls à pouvoir nous aider sont les policiers postés à l’entrée du village.

Les quatre Tajiks, discutent avec eux pour trouver une dépanneuse. Ils appellent un ami qui parle anglais qui nous dit qu’il n’y a rien à faire, les seuls qui peuvent nous aider sont ces quatre Tajiks dans leur Opel qui proposent de nous tracter sur 70km pour retrouver la route principale qui mène à la capitale Douchanbe. Impossible pour nous, sans protection de carter cette solution signerait définitivement la fin de l’aventure. Mais comment expliquer que nous refusons catégoriquement de se faire remorquer ? Nous sortons notre carnet, dessinons Josy sur un camion. Pour eux, impossible de faire venir quelqu’un. Ils nous mettent donc en contact avec un local, pour qu’il se renseigne sur les véhicules présents dans le village qui pourraient nous embarquer pour Douchanbe. Les quatre Tajiks reprennent la route, alors que notre nouveau contact est parti dans le village à la recherche d’une solution. Nous sommes alors seuls au poste de police. Rien d’autre à faire qu’attendre… Il est 14h passée, le doute plane sur notre sort. Nous discutons avec les policiers, rigolons un peu avec eux, il faut bien tuer le temps. C’est là qu’un couple de motards russes débarque au post, les policiers vérifient leur identité, et les enregistrent. Alors qu’ils étaient prêts à reprendre la route, notre voiture, capot ouvert, intrigue un des russe. Il s’approche et débute une inspection de notre moteur. Les culbuteurs sont bons, il s’aventure alors un peu plus bas, vers l’engin. Ça ne nous rassure pas, il grimace. Il se tourne vers sa compagne, Irina, en disant que nous ne trouverons pas les pièces à Douchanbe… Il nous note sur un morceau de papier notre problème en russe pour que nous puissions communiquer avec les garagistes là-bas. Sur le dos du papier, Irina nous écrit ses coordonnées pour que nous puissions leur tenir au courant de nos avancées, et éventuellement leur écrire un mot si nous passons par Irkoutsk, leur ville.

Nous ne sommes pas beaucoup plus avancés, mais au moins, on a un papier qui explique notre problème. Nous sommes toujours à ce poste de police, dans l’attente de notre collègue qui nous avait dit qu’il connaissait quelqu’un qui possédait un camion… C’est alors que de nouveaux arrivants entrent en jeu. Quelqu’un se présentant comme un policier nous dit qu’il a une dépanneuse et qu’il peut nous emmener jusqu’à Douchanbe pour seulement 60 dollars ! Excellente nouvelle ! Nous lui demandons où est son camion, et il est incapable de nous répondre… Les discussions continuent à base de dessins sur le carnet, mais toujours le même problème, nous ne comprenons pas comment il veut procéder. Pendant ce temps, notre ami est arrivé avec le camionneur en question. A première vue, il est très agressif. Il nous demande 400USD… Nous tentons de négocier, mais il n’est pas ouvert à la discussion. Il nous explique ensuite qu’il en a pour 200USD d’essence pour faire l’aller-retour à Douchanbe, et que ça lui prend 24h. Nous acceptons donc de lui verser 300 dollars. C’est cher, mais c’est comme ça, on n’a pas trop le choix compte tenu du fait que nous sommes perchés au milieu de nulle part… Marché conclu, donc. Il ne nous reste plus qu’à attendre qu’il aille chercher son camion, et que nous trouvions une solution pour mettre Josy dedans. 20 minutes plus tard, Qurbonali, le chauffeur, revient avec son mastodonte. Nul doute que Josy rentrera dans ce camion qui doit bien peser une vingtaine de tonnes. Après avoir trouvé un rebord nous permettant de faire rouler Josy dans le camion, nous sanglons Josy, et dégonflons les pneus pour pas qu’elle bouge. Nous nous dirigeons ensuite vers une carrière pour remplir des sacs de cailloux, pour stabiliser les roues de notre tendre amie. Sur les coups de 18h30, nous prenons la route dans le camion, avec notre nouveau compagnon.

La route est longue, et on est un peu perdus dans ce camion. Faire machine arrière est un nouveau coup dur… Nous reconnaissons les endroits que nous avions traversé ces dernières heures, le coin où nous avions monté la tente la veille avec nos amis les Irréductibles, qui nous manquent déjà. La nuit tombe, et nous sommes loin de retrouver la route principale pour Douchanbe. Ce voyage en camion nous a semblé interminable… La nuit tombe, on est explosés, et la peur de voir le camion débouler à 60 à l’heure sur la route de montagne où le moindre faux pas peut nous faire tomber dans le ravin nous repousse du chemin du sommeil… Alors qu’il commence à faire tout noir, Qurbonali s’arrête brusquement pour discuter avec une voiture arrêtée sur le bas-côté. A notre grande surprise, un jeune homme s’adresse à nous en anglais… Cela faisait depuis le début de la journée que nous n’avions pas pu parler à personne. Petite étoile dans cette longue et sombre journée. Le jeune est en fait le fils d’un ami de Qurbonali, qui se dirige également vers Douchanbe ! Il nous propose de nous héberger là-bas, et de nous aider à trouver un garage ! Nous échangeons nos numéros, et remontons dans le camion avec une lueur d’espoir. C’était la rencontre qu’il nous fallait pour nous faire rentre compte que nous n’étions pas forcément sauvés, mais que nous n’étions pas morts ! La route reprend, mais Qurbonali fatigue et ça se sent, les coups de volants se font de plus en plus fréquents. Le stress grimpe, il ne veut pas s’arrêter tout de suite. Notre état mental à ce moment est au plus bas. On laisse passer en se disant qu’il sait ce qu’il fait… Vers minuit il s’arrête enfin. On saute dans le coffre pour faire la sieste avec Josy. Elle n’a pas bougé, une nouvelle petite victoire ! On s’écroule dans la voiture. Sur les coups de 4h30, Qurbonali nous réveille par un grognement. C’est reparti, la dernière ligne droite pour retrouver Douchanbe peut commencer. Nous roulons ainsi quatre bonnes heures avant de retrouver la banlieue. Une bonne nouvelle d’être arrivés dans la capitale en vie, et avec la voiture en une pièce. La fastidieuse recherche d’un garage qui va accepter de prendre une Citroën sous son aile peut commencer ! Nous nous arrêtons dans un premier centre de garages. Malgré la vingtaine d’ateliers, personne ne souhaite nous prendre… La recherche continue, Qurbolani est un peu désemparé, mais nous emmène à un autre garage, qui nous refuse aussi. Nous rejoignons ensuite un atelier qui ressemble à un business familial. Nous sommes accueillis par des enfants, qui appellent leurs parents pour discuter avec nous. Le garagiste nous demande d’ouvrir le capot et d’allumer le moteur pour écouter le bruit de Josy à l’allumage. Il accepte de la prendre, mais pour 500$, et au moins une semaine de travail… Sa demande nous semble louche alors qu’il n’a même pas commencé à travailler sur la voiture… Dans tous les cas, nous n’avons même pas une semaine devant nous à cause des visas. Nous passons notre chemin. C’est deux garages plus loin que nous arrivons dans un nouveau centre d’ateliers. On descend du camion à la fois exaspérés et confiants. Peut-être que celui-ci sera le bon ? On rencontre un garagiste qui accepte de monter dans le camion pour ausculter Josy. Il regarde, se tourne vers nous et nous dit l’air grave « Me check in time, if small problem ok, if big problem… » en faisant un signe de croix avec ses bras. Enfin, quelqu’un accepte notre Josy ! Nous appelons une dépanneuse pour la faire descendre du camion. On souffle, et c’est le moment de nous séparer de Qurbonali. Nous avions fini par nous attacher à lui pendant ces 12 heures à ces côtés dans le cockpit de son camion… Ce camionneur bourrin, qui nous a fatigué à la tache dans les moments difficiles, nous a en fait sauvé. Sans lui, nous ne serions pas à Douchanbe, et nous n’aurions pas de garage pour tenter de trouver une solution pour sauver le soldat Josy… Nous le laissons partir un peu tristement, mais nous tournons vers Komil, en qui nos espoirs de repartir résident maintenant.

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