Article 10 : L’Ouzbékistan, première casse et une entrée frappante dans le monde soviétique!

11 au 15 aout 2019.

On est accueillis à la frontière Turkmène par un militaire très sympa, souriant avec qui nous discutons un peu. Il vérifie nos passeports, et nous lance un petit « good luck ». Le ton est donné… La sortie du Turkménistan sera longue… On s’est fait rattraper par des voitures du Mongol rallye qui nous sont passés devant. Nous avons donc quelques voitures devant nous avant de faire passer nos dossiers, dans lequel ils inscrivent, toujours à la main, notre numéro de châssis, de plaque etc. Il faut aussi leur rendre le GPS qu’ils nous avaient donné. Tout est en règle, et on avance à la douane qui reprend nos empreintes et une photo, on n’est jamais trop sur… Nouvelle vérification de la voiture, ils vérifient qu’on n’embarque pas des antiquités qu’on aurait pu trouver dans le désert, ou des animaux. Tout est en ordre. On avance vers la zone de l’Ouzbékistan. Le ton change, on nous parle de foot maintenant. « French ? Kilian M’Bappé good good ! ». Excellent, on a un sujet de conversation pour briser la glace ! Pas besoin de visas, donc la douane se passe en 5 minutes. Un tampon et c’est parti. Ben, à qui appartient la voiture, a encore droit à un interrogatoire. Drone ? Narcotics ? Guns ? Non, non, non. Et on avance. Petit chèque médical par un homme en blouse blanche qui ne nous adresse pas un mot mais signe une feuille en vitesse. Le douanier à côté me parle. « Where de you come from in France ? Paris ? Marseille ? Bordeaux ? Lyon ? – Ah next to Marseille… Payet good ! » Décidément ils s’y connaissent en foot ! Tout est bon, on avance vers la fatidique vérification de la voiture. Comme au Turkménistan, les chiens sont là, mais ici ils sont plus occupés à jouer à la balle, il ne s’excite pas à l’ouverture du capot. Énième interrogatoire pour la drogue, le drone et des armes. Trois « non » et on est parti. « Welcome to Uzbekistan » ! Que c’est bon ! On se pose à Nukus, à 30km de là. Un peu de repos après ces 48h de folie ne fera pas de mal.

Toujours avec nos amis les Irréductibles, nous nous posons dans un bar restaurant. Première bière après plus de 10 jours de diète, nous sommes cueillis à froid par une atmosphère soviétique bien différente du Turkménistan. Nous croisons deux Ouzbeks totalement attaqués à la vodka. L’un d’eux prend Ben de court en lui forçant à enquiller deux shoots secs, l’estomac en prend un coup. Ce même Ouzbek défie Simon à un bras de fer d’anthologie, que ce dernier remporte haut la main. Les deux compères finiront dans l’ambulance une demi-heure plus tard…

 

Le lendemain matin, nous rencontrons Bekbaris, un jeune qui parle anglais que nous avions rencontré la veille lorsque les Irréductibles cherchaient un garage pour rehausser leurs suspensions. Il nous invite chez lui pour changer des Dollars en so’m, la monnaie locale. Dans la foulée, nous sommes invités à prendre le thé avec ses parents et ses frères. L’accueil est incroyable, le thé est accompagné d’un pain fait maison et de fruits d’une fraicheur inestimable, compte tenu de la chaleur du désert. Nous discutons une bonne heure avec eux, avant de nous décider de reprendre la route. Bekbaris nous invite à dormir chez lui, mais la route nous appelle…  Ce fut très dur de refuser sa proposition, et nous avons l’impression de l’avoir considérablement vexé… Pour la première fois, nous regrettons un peu d’être en voiture, et de ne pas être libre de prendre le temps qu’on veut où on veut….

 

Nous prenons donc la direction de Urgench, la route est exécrable, et d’une monotonie cuisante. C’est alors que vers 20h, alors que la nuit tombe nous nous prenons une bosse par surprise. Tous les voyants s’allument, on s’arrête sur le bas-côté. La voiture ne redémarre pas. On démonte le carburateur et le culbuteur pour une vérification, tout semble bon… La batterie se vide, et avec le coucher du soleil, on s’attend à y rester pour la nuit… Alors que Zins s’active pour chauffer des pattes, on arrive à arrêter quelqu’un qui accepte de nous tracter jusqu’au prochain garage, situé à une vingtaine de kilomètres, vers Beruni. Il est 22h, il fait nuit noire. On est tous les deux comme des cons dans la voiture qui se fait tracter. C’est très long, personne ne parle, on se fait tous les deux des films sur un éventuel retour à la maison. La voiture qui nous tracte est puissante elle avance à plus de 60km/h et sans batterie on ne peut qu’utiliser le frein à main pour contrôler notre vitesse… Cette heure passée à se faire tracter nous a semblé durer une éternité, chargée d’émotion, de stresse et de fatigue. Vers 23h nous arrivons au garage, qui est surprenamment ouvert ! A partir de là, tout va à mille à l’heure. On a l’impression que les garagistes appellent tout le village, ils sont plus de dix à s’atteler sur notre moteur. Le problème est trouvé assez rapidement : l’essence n’arrive pas dans le carburateur. Ils demandent donc à avoir accès à la pompe à essence, située en plein milieu du coffre. On doit tout vider, enlever les planches de bois pour qu’ils y accèdent. La pompe est un peu sale mais pas endommagé. Le problème semble venir d’autre part. Ils nous donnent rendez-vous le lendemain à 10h pour régler le problème de connexion électrique entre notre réservoir et le carburateur. Entre temps, les Irréductibles ont trouvé un hôtel, et un endroit encore ouvert pour diner. Nous allons nous coucher sur les coups de 1h30 du matin après cette longue journée, en prévoyant un lendemain d’autant plus fatigant.

Nous arrivons au garage dans une atmosphère plus détendu que la veille. Ils s’activent de suite en surélevant notre voiture pour démonter le réservoir pour consulter le câblage électrique. Begzod, le fils du monsieur qui nous a tracté, qui parle anglais est arrivé, nous avons un traducteur et des garagistes qui rafistolent notre voiture. La situation semble s’éclaircir et ça sent bon. Quelques heures, et une multitude de test sur la voiture plus tard, la voiture redémarre enfin ! C’est la libération, un soulagement immense qui nous donne un énorme espoir pour la suite. On se fait inviter à déjeuner vers 14h par Begzod, une coutume Ouzbek apparemment… Sur les coups de 15h30 on se remet en route pour Boukhara. Cette parenthèse de 15h nous a beaucoup fait douter, mais nous a rendu plus fort pour aborder la suite du voyage !

 

La route pour Boukhara est tout aussi monotone. On roule jusqu’à la tombée de la nuit, avant de poser la tente dans le désert a une trentaine de kilomètres de la ville. L’endroit est surpeuplé d’araignées, mais on ne peut pas plus avancer de nuit. Tant pis, nous restons là. Le lendemain on s’arrête à Boukhara, vieillie ville Ouzbek avec des mosquées de terre sublimes. Nous reprenons la route pour Samarkand, et ça roule très bien, on enquille 600km dans la journée pour retrouver une auberge de jeunesse où nous tombons par hasard sur les trois équipes françaises avec qui nous avons roulé jusqu’à Istanbul. Levés tôt, nous nous permettons un petit tour dans le centre-ville avant de prendre la route pour la frontière du Tadjikistan, qui est à une petite centaine de km de Samarkand.

 

L’Ouzbékistan nous a fait passer par toutes les émotions possibles et imaginables. En quatre jours, nous avons cru perdre la voiture, avec plus de peur que de mal, nous avons traversé un désert, des routes catastrophiques, et nous avons eu la chance de visiter deux villes sublimes. En ce 15 aout 2019, nous abordons la suite de notre voyage avec en ligne de mire la route de Pamir (la deuxième plus haute du monde) confiants, et prêts à en prendre plein la vue !

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